Sirène

Centre des Sciences de la Littérature Française

Université Paris X - Nanterre

 

SÉMINAIRES DE MASTER  Lettres 2007-2008,  Spécialité LFC,

Parcours « Littérature française »

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Programme des enseignements de master  1 et 2. Salle R 5 du bâtiment L, sauf mention particulière


Semestre 1 : à partir du 8 octobre 2007

Semestre 2 : à partir du 11 février 2008

Moyen Âge

Naissance du théâtre de langue française (xiie-xiiie siècles)

M. Jean-Pierre Bordier

LMLIF115/311. Master 1 et 2

Semestre 1. Mardi 16h-19 h tous les quinze jours

Vers l’an mil, l’Occident latin a inventé un théâtre nouveau, aussi éloigné des ludi romains que du théâtre classique. La langue française y fait son apparition vers la fin du xiie siècle. Le séminaire étudiera les plus anciennes pièces conservées en français. Elles doivent leur survie à une qualité artistique exceptionnelle, qui a incité les contemporains à les transcrire. On les étudiera comme des faits sociaux, des manifestations festives de communautés humaines, scolaires, professionnelles ou urbaines. On y découvrira un dispositif scénique, des conventions de jeu, des sujets originaux, qui ne peuvent être décrits à l’aide des concepts habituels de comique, tragique, sacré, profane etc., mais qui exigent une approche spécifique. Quant aux conflits mis en scène, ils ont pour enjeux le pouvoir et l’argent, la sexualité, le statut des générations et l’aînesse, ce qui invite à une approche historique et anthropologique.

ŒUVRES :

  • Le Jeu d’Adam, éd. W. Noomen, Paris, Champion, 1968
  • Jean Bodel, Le Jeu de saint Nicolas, édition et traduction par Jean Dufournet, Paris, Flammarion, 2005(« GF », 1205)
  • Rutebeuf, Le Miracle de Théophile, édition et traduction par Jean Dufournet, Paris, Flammarion, 1987 (« GF », 467)
  • Adam de la Halle, Le Jeu de la Feuillée et Le Jeu de Robin et Marion dans Adam de la Halle, Œuvres complètes, édition et traduction par Pierre-Yves Badel, Paris, Le Livre de Poche (« Lettres gothiques », 4543), 1995, p. 207-375

LECTURES :

  • Le Théâtre en France des origines à nos jours, sous la direction d’Alain Viala, Paris, PUF, 1997, ch. I, « Le Moyen Âge », p. 41-97
  • Mazouer (Charles), Le Théâtre francais du Moyen Âge, Paris, SEDES, 1998

Le gai savoir de jean de meung

M. Jean-Pierre Bordier

LMLIF221/ 421 Master 1 et 2

Semestre 2. Mardi 16h-19h tous les quinze jours,

Le Roman de la Rose de Jean de Meung est l’œuvre la plus importante du Moyen Âge français. Copié dans des centaines de manuscrits, il a été traduit en italien par Dante, plusieurs fois édité jusqu’à Clément Marot et redécouvert au xviiie siècle. Pourtant, il contredit toutes les idées reçues sur son époque et sa littérature brutale, bigote ou doucereuse. Poème polémique, il critique radicalement le mariage, la courtoisie, la hiérarchie féodale et le pouvoir religieux. Poème scientifique, il célèbre la beauté et la bonté de la Nature en dénonçant les terreurs, les illusions et les superstitions ; poème mythologique, il relit ou recrée, non sans désinvolture, l’histoire de Saturne, de Pygmalion et surtout de Vénus ; poème allégorique, il déjoue les lectures simplistes, met en échec les interprétations totalisantes et leur oppose son idéal de subtilité. Il s’achève enfin en épopée érotique, entraînant avec jubilation dans ses métaphores toute la tradition littéraire de l’Antiquité et du Moyen Âge.

Le séminaire étudiera le Roman de la Rose de Jean de Meung sous l’angle de l’histoire des idées et de l’art littéraire et le situera au point de passage d’une poésie de la célébration à une poésie de la critique et de la confrontation.

Éditions :

  • Le Roman de la Rose, édition de Daniel Poirion, Paris, Flammarion, 1974 (« GF ») (tout le texte en un seul volume, très bien établi, mais sans notes ni glossaires et sans traduction)
  • Guillaume de Lorris et Jean de Meung, Le Roman de la Rose, éd. Félix Lecoy, Paris, Champion (« Classiques français du Moyen Âge), 3 vol. (édition peu coûteuse, la plus utile par ses notes et son glossaire, dont le texte fait autorité ; traduction par A. Lanly dans la collection des Classiques français du Moyen Âge en traduction)
  • Guillaume de Lorris et Jean de Meung, Le Roman de la Rose, éd. Armand Strubel, Paris, Le Livre de Poche (« Lettres gothiques », 4533), 1992 (texte et traduction en un seul volume, assez peu maniable mais peu coûteux)

Lectures

  • Poirion (Daniel), Le Roman de la Rose, Paris, Hatier, 1973 (essentiel)
  • Strubel (Armand), Le Roman de la Rose, Paris, PUF (« Écritures »), 1992

Mythe, amour et imaginaire médiéval

Mme Catherine Croizy

LMLIF211/411 Master 1 et 2

Semestre 2. Mardi 16h -19h tous les quinze jours

Comment les premiers romanciers s'approprient-ils et recyclent-ils la mythologie antique pour forger un discours amoureux ou comment, à l'inverse, à l'exemple des auteurs du Tristan, inventent-ils dans la France médiévale un mythe qui s'est imposé comme le mythe moderne de la passion? Ce sont ces deux voies de l'adaptation et de la création, sous l'angle de leurs fondements et de leurs modalités, de leur confrontation et de leurs échanges, que ce séminaire se propose d'explorer à partir de textes inspirés par les mythes antiques et à partir du corpus tristanien.

TEXTES :

  • Benoît de Sainte Maure, Le Roman de Troie, éd. L. Constans, Paris, Firmin Didot, S.A.T.F., 6 vol., 1904-1912. Cf. aussi éd. et trad. E. Baumgartner, F. Vielliard, Paris, Les Lettres gothiques, 1998.
  • Récits inédits sur la guerre de Troie, traduits et commentés par G. Frye, Paris, Les Belles Lettres, La roue à Livres, 1998.
  • Pyrame et Thisbé, Narcisse, Philomena, éd. bilingue E. Baumgartner, folio classique, 2000.
  • Ovide, Les Métamorphoses, trad. JP Néraudau, Folio classique 1992
  • Béroul, Le Roman de Tristan, éd. E. Muret et L. M. Defourques, Paris, CFMA, 4ème éd., 1947. Thomas, Le Roman de Tristan, éd. F. Lecoy, trad. et présentation E. Baumgartner et I. Short, Paris, Champion, Classiques Champion Moyen Age, 2003.
  • Tristan et Yseut, dir. C. Marchello-Nizia, Paris, Bibliothèque de la Pléiade, NRF, Gallimard, 1995.

Approches du manuscrit

Mme Catherine Croizy

LMLIF341. Master 2

Semestre 1. Jeudi 11h-14h tous les quinze jours

Qu'est-ce qu'un manuscrit? C'est à cette question que va s'efforcer de répondre ce séminaire, en considérant le manuscrit dans tous ses états, depuis sa conception et sa fabrication jusqu'à sa transmission et à sa diffusion. Il s'agira de l'approcher du point de vue matériel, du point de vue culturel et historique et du point de vue littéraire.

Une bibliographie sera fournie au début du séminaire. pour une toute première approche, voir par exemple lire le manuscrit médiéval: observer et décrire, dir. P. Géhin, paris, Armand Collin, collection U, série histoire, 2005.

XVIe siècle

Naissance et développement de la nouvelle à la Renaissance

Mme Bénédicte Boudou

LMLIF 116. Master 1

Semestre 1. Jeudi 14h-17h tous les quinze jours

La nouvelle naît en Italie, avec Boccace qui, dans le Décaméron, imagine que dix personnes nobles se racontent de brèves nouvelles pour tuer le temps. Les contes, censés être véridiques, sont plaisants, facétieux, ou tragiques. La France de la Renaissance reprend le flambeau et Marguerite de Navarre, soeur de François Ier, se veut l'héritière de Boccace.

On étudiera les formes et le développement de la nouvelle, qui est récit mais aussi forme de la vie sociale, jusqu'à Pierre Boaistuau, dont les Histoires tragiques signent une évolution particulière du genre.

Textes

  • Boccace, Le Décaméron (éd. livre de Poche)
  • Erasme, Le Banquet des conteurs (in Colloques, Imprimerie nationale)
  • Marguerite de Navarre, L'Heptaméron (éd. Garnier-Flammarion) Bonaventure des Périers, Nouvelles Récréations et joyeux devis (éd. K. Kasprzyk, Champion)
  • Bandello, Nouvelles (éd. Imprimerie Nationale)
  • Pierre Boaistuau, Histoires tragiques (éd. R.A Carr, Champion).

L'altérité et le rapport à l’autre au xvie siècle

Mme Bénédicte Boudou

LMLIF412. Master 2

Semestre 2. Mercredi 9h30-12h30 tous les quinze jours

A la Renaissance, l'élargissement soudain du monde connu, le développement des techniques qui permettent à la fois les circumnavigations et la diffusion des textes par l'imprimerie ont pour conséquences une modification radicale du rapport à l'autre, cet inconnu que l'on commence à découvrir. Le passé est conçu comme autre, ne serait-ce que parce que les anciens sont païens. Mais l'autre, c'est également l'étranger : les voyages en Orient comme en Amérique font connaître cet autre, "cannibale", non chrétien, habitué à d'autres usages et à d'autres moeurs. Et puis, l'étranger est aussi proche : c'est l'Italien, le Flamand, l'Allemand. Enfin, le sot, le fou sont également des figures de l'autre qui intéressent les humanistes.

  • Jean de Léry, Histoire d'un voyage en la terre de Brésil, Livre de Poche, 1994
  • Montaigne, Essais, I, 22/23 « Des Coutumes », I, 30/31 « Des cannibales » et III, 6, « Des Coches ».
  • André Thevet, Cosmographie du Levant, Genève, 1985, éd. F. Lestringant
  • G. Atkinson, Les nouveaux horizons de la Renaissance française, Droz, 1935
  • G. Demerson, La mythologie classique dans l'oeuvre lyrique de la Pléiade, Droz, 1972, et l'Éloge de la folie d'Érasme.

XVIIe siècle

L’imposture comique

Mme Liliane Picciola

LMLIF127/ LMLIF313 Master 1 et 2

Semestre 1. Vendredi 13h30-16h30 tous les quinze jours

S’emparer de l’identité d’un autre, c’est faire commettre à ceux qui connaissent cet autre de réjouissantes erreurs en chaîne. C’est réserver à celui qui se voit dépossédé de son être des déconvenues plaisantes. Mais l’on peut aussi sous ses propres traits se fabriquer un personnage fictif. C’est de toutes les manières prendre le risque d’être pris à son propre piège quand on est découvert. Autant de situations qui suscitent le rire aux dépens des victimes ou des trompeurs démasqués, placés dans une situation d’infériorité. Mais la jubilation naît aussi de l’assimilation du spectateur à celui qui trompe, en virtuose. Toutefois, le rire peut parfois côtoyer l’inquiétude.

Les auteurs dramatiques français du XVIIe siècle paraissent avoir été fascinés par les dramaturgies riches en rebondissements. Si les « belles inventions » de fables dramatiques ne furent pas fréquemment françaises, comme le déplorait Boisrobert, on verra comment la réécriture d’orfèvres, antiques ou espagnols, en la matière permit cependant aux auteurs français, bien au-delà de simples traductions, un authentique travail de création.

Bibliographie indicative

ŒUVRES : on pourra travailler entre autres sur

  • Plaute, Amphitruo ; Rotrou, Les Sosies
  • Lope de Vega, La Paysanne de Xetafe ; Rotrou, Diane
  • Ruiz de Alarcón, La Vérité suspecte ; Corneille, Le Menteur
  • Tirso de Molina, Gil de vert vêtu ; Boisrobert Les trois Oronte
  • Calderón de la Barca, La dama duende ; D’Ouville, L’Esprit follet
  • Tirso de Molina, El Burlador de Sevilla ; Molière, Dom Juan

OUVRAGES CRITIQUES :

  • Baudelaire, De l’essence du rire
  • Georges Forestier, Esthétique de l’identité dans le théâtre français. Droz, 1988
  • Jean-François Maillart. Métamorphoses du héros baroque. Le même et l’autre. Nizet

L’imposture tragique

Mme Liliane Picciola

LMLIF213/413 Master 1 et 2

Semestre 2. Vendredi 13h30-16h30 tous les quinze jours

Les conséquences du mensonge, permanent ou provisoire, sur l’identité ou sur les sentiments sont imprévisibles et incontrôlables. Le risque permanent d’être découvert crée un suspense dramatique. Comment une imposture, organisée pour échapper à un destin, met-elle la vie de l’imposteur, volontaire ou involontaire, en péril ? Dans quelle mesure un personnage d’emprunt finit-il par coller à la peau du comédien ou du politique, à le transformer, ou au contraire lui permet-il de coïncider avec un moi qui s’ignorait ou qui se cherchait ? Dans quelle mesure l’usurpateur d’identité s’échappe-t-il à lui-même ? Certains mensonges doivent aussi déboucher un jour sur une révélation volontaire, qui comporte de grands dangers ; des ignorances sur sa propre identité aboutissent à des révélations et coïncidences épouvantables. On étudiera la place de la fatalité et du pathétique liés au travestissement de l’identité et à l’incertitude du moi dans des œuvres souvent considérées comme baroques au sein d’un siècle dit classique, parfois en mesurant le travail effectué à partir de sources antiques ou étrangères.

Bibliographie indicative

Œuvres :

  • Rotrou, Le Véritable Saint-Genest ; Venceslas
  • Corneille, Héraclius, Don Sanche d’Aragon, Œdipe, Othon
  • Racine, Athalie

Ouvrages critiques :

  • Georges Forestier, Esthétique de l’identité dans le théâtre français. Droz, 1988
  • Jean-François Maillart. Métamorphoses du héros baroque. Le même et l’autre. Nizet
  • Jean Rousset, La littérature de l’âge baroque. José Corti.
  • Philippe B. Butler, Classicisme et baroque dans l’œuvre de Racine. Nizet.

XVIIIe siècle

Diderot critique d’art

Mme Marie Leca-Tsiomis

*LMLIF114/314 Master 1 et 2

Semestre 1. Jeudi 14h-17h, tous les quinze jours

Après les premiers comptes rendus critiques d’expositions au Louvre, dus à La Font de St -Yenne, c’est sous la plume de Diderot que naquit la critique d’art comme genre à la fois littéraire et philosophique : de ses premières recherches sur « l’hiéroglyphe poétique » à ses réflexions sur la peinture et la sculpture, on suivra le parcours de l’écrivain jusqu’au Salon de 1767 et à la « Promenade Vernet », œuvre profonde et brillante, parmi les plus novatrices qu’il ait jamais écrites.

TEXTE : Diderot, Regrets sur ma vieille robe de chambre, suivi de La promenade Vernet, éd. P. Chartier, Livre de poche, coll. Libretti, Paris, 2004

Le dialogue philosophique au xviiie siècle

M. Christophe Martin

LMLIF135. Master 1

Semestre 1. Vendredi 10h-13h tous les quinze jours

Instrument privilégié de la réflexion philosophique dans l’Antiquité grecque et latine et dans la renaissance italienne, le dialogue philosophique a retrouvé une grande part de son prestige au XVIIe siècle. Mais c’est le siècle des Lumières qui lui donne en France ses véritables lettres de noblesse (on peut recenser plus de 250 œuvres dialoguées ou recueils de dialogues entre 1700 et 1789). Autorisant à un exposé non systématique, voire contradictoire, des idées de l’auteur, le dialogue philosophique apparaît comme le mode d’expression adéquat d’une pensée questionnante, d’une pensée qui cherche et se cherche. En adoptant la forme du dialogue, le discours philosophique devient moins un art du dévoilement de la vérité que de la transformation de la pensée et de la production de vérités nouvelles, parfois inouïes. A partir de l’analyse de textes de Fontenelle, Diderot et Sade, on s’interrogera aussi sur les liens entre dialogue et libertinage d’idées ainsi que sur le sens et la portée de la mise en scène de figures féminines.

TEXTES :

  • Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, éd. Chr. Martin, Paris, GF Flammarion, 1998.
  • Diderot,Le Rêve de d’Alembert, éd. C. Duflo, Paris, GF Flammarion, 2003.
  • Sade,La Philosophie dans le boudoir, éd. J.-Chr. Abramovici, Paris, GF Flammarion, 2007.

ÉTUDES CRITIQUES

Maurice Roelens, « Le dialogue d'idées au XVIIIe siècle », Histoire Littéraire de la France, t.VI : 1715-1794, Paris, Editions sociales, 1976.Maurice Roelens, « Le dialogue philosophique, genre impossible ? L'opinion des siècles classiques », Cahiers de l'Association Internationale des Etudes Françaises, 24, mai 1972, p. 43-58.Roland Mortier, « Pour une poétique du dialogue : essai de théorie d'un genre », Literary theory and criticism : Festschrift presented to René Wellek in honor of his eightieth birthday, Peter Lang, 1984, p. 457-474.Stéphane Pujol, Le Dialogue d'idées au dix-huitième siècle, Oxford, SVEC 2005:06.Revue Voltaire n°5, Le dialogue philosophique, Paris, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2005.

Fictions d’expérimentation pédagogique au xviiie siècle

M. Christophe Martin

LMLIF414 Master 2

Vendredi 10h-13h tous les quinze jours

On décrit généralement le XVIIIe siècle comme celui de la découverte de l’enfance. Mais certaines fictions de la période mettent en scène des expériences pédagogiques si singulières qu’elles invitent à s’interroger sur la face cachée de cet émerveillement que le siècle des Lumières semble avoir éprouvé devant l’enfance. On s’intéressera notamment à un ensemble de textes que l’on peut désigner comme des « fictions d’expérimentation pédagogique ». Où l’on entendra non pas toutes les fictions pédagogiques du siècle des Lumières, mais uniquement celles qui intègrent la représentation d’une éducation expérimentale impliquant une forme plus ou moins rigoureuse et plus ou moins prolongée d’isolement de l’enfant et une rupture plus ou moins marquée avec les pratiques pédagogiques présentées comme usuelles. Qu’ils aient une finalité vertueuse, expérimentale ou érotique, ces dispositifs pédagogiques créent les conditions fictives permettant d’exercer un contrôle absolu sur l’ensemble du processus éducatif. Centré autour de l’Émile de Rousseau, le séminaire se propose de parcourir un large éventail de ces fictions et d’en explorer les implications esthétiques, philosophiques, fantasmatiques…

Textes :

  • Prévost, Cleveland (livre 1), éd. Ph. Stewart et J. Sgard, Paris, Desjonquères, 2004.
  • Marivaux, La Dispute, éd. J. Goldzink, GF-Flammarion, n° 616, 1990.
  • Rousseau, Emile ou de l’éducation, éd. P. Burgelin, Folio Essais, 1969.
  • Du Laurens, Imirce, ou la fille de la nature, éd. A. Rivara, Saint-Étienne, PU Saint-Étienne, 1993
  • Sade, Eugénie de Franval, dans Les Crimes de l’amour, éd. M. Delon, Paris, Gallimard, folio, 1987. 

Etudes :

  • Yves Citton, « La preuve par l’Emile : dynamique de la fiction chez Rousseau », Poétique, 1994, no 100, p. 411- 425.
  • Béatrice Durand, e Paradoxe du bon maître. Essai sur l’autorité dans la fiction des Lumières. Paris L’Harmattan, 1999
  • Alain Grosrichard, « une expérience psychologique au XVIIIe siècle », Cahiers pour l’analyse, n° 2, 1966, p. 101-122.
  • Laurence Mall, Émile ou les figures de la fiction, Oxford, The Voltaire Foundation, SVEC 2002 : 04.
  • Christophe Martin, « ’Le sommeil de la raison’ : pour une archéologie de l’idée d’’éducation négative’, de l’Ecole des femmes à l’Emile », dans Sottise et ineptie, de la Renaissance aux Lumières. Discours du savoir et représentations romanesques, éd. N. Jacques-Lefèvre et A.-P. Pouey Mounou, Littérales, n° 34-35, 2004, p. 95-116.
  • Jean-Michel Racault, « Le motif de l’‘enfant de la nature’ dans la littérature du XVIIIe siècle ou la recréation expérimentale de l’origine » dans Primitivisme et mythe des origines dans la France des Lumières, 1680-1820, Paris, Presses de l’Université de Paris Sorbonne, 1989, p. 101-117

XIXe siècle

Les méthodes de la critique littéraire

M. Jean-Louis Cabanès

*LMLIF 138. Master 1.

Semestre 1. Lundi 16h-19h tous les quinze jours

Dans la période où Lumières et Romantisme s’interpénètrent encore, l’idée de littérature se transforme, les poétiques normatives sont mises en cause. C’est aussi le moment où la critique littéraire tente de se donner une assise solide en tenant compte de l’historicité des formes et des idées. On mettra l’accent dans ce cours sur cette période fondatrice. On s’efforcera, rapidement, de restituer l’évolution des méthodes critiques en faisant apparaître des constantes – ce sont celles de l’histoire littéraire, de la critique dite de sympathie – tout en se centrant particulièrement sur le renouvellement des approches et des instruments de recherche tel qu’il s’est opéré au cours du dernier demi-siècle.

l’année 1855 : la littérature à l’âge de l’exposition universelle

M. Jean-Louis Cabanès

*LMLIF215 Master 1

Semestre 2. Jeudi 14h-17h, tous les quinze jours

L’étude synchronique soulève des questions de méthode. Il faut croiser l’histoire politique, l’histoire culturelle, l’approche sociologique, l’histoire des idées, l’histoire littéraire, l’analyse des courants esthétiques, l’étude des œuvres comme produits et productions idéologiques, sans pour autant s’abandonner à un éclectisme qui juxtaposerait ces approches sans les lier, c’est-à-dire sans les penser. Ce travail sur l’année 1855 engagera donc d’abord une réflexion d’ordre méthodologique, et peut-être s’ouvrira-t-il par l’examen d’une œuvre, Le Panthéon Nadar, qui, en 1854, classe les écrivains, les journalistes, les publicistes (cette conjonction mérite déjà l’attention) dans un ordre hiérarchique, tout en réservant une place fort singulière aux auteurs féminins.

Reste à s’interroger sur le choix de cette année parmi tant d’autres. Celle que nous avons élue est l’année de l’Exposition universelle, marquée par les débats ouverts à l’occasion des rétrospectives Ingres, Delacroix, par la célébration des paysagistes, ou encore par les controverses suscitées par le pavillon du réalisme où Courbet expose ses tableaux. Baudelaire, les Goncourt, Alexandre Dumas, Edmond About et bien d’autres prennent la plume pour évoquer cette exposition. 1855 : une année faste pour la critique d’art.

Or, comme on le sait, la peinture au XIXe siècle est souvent le référent paradoxal à partir duquel la littérature se pense. En 1855, tout particulièrement, la question du réalisme, est directement soulevée, puisque avec Courbet et Champfleury, « réalisme, décidément, il y a ». On évoquera donc les composantes de ce débat, nourri en particulier par une controverse avec G. Sand. Et l’on examinera en sourdine, comment, même en 1855, le réalisme littéraire rencontre la fantaisie.

1855 : Baudelaire publie dix-huit poèmes dans La Revue des Deux Mondes, Maxime Du Camp fait paraître un recueil significatif : Les Chants modernes. Du Camp, Baudelaire ! Deux conceptions de la modernité radicalement opposées.

On pourrait également rappeler qu’en 1855, Michelet, exclu par le Second Empire du Collège de France, reprend son Histoire de France, que Renan publie son Histoire des Sémites. Mais comme on ne peut tout dire, on se souviendra surtout que Nerval meurt en 1855, que cette mort prend valeur de symbole, alors qu’un débat sur l’aliénation et les hallucinations se développe à la société médico-psychologique et que l’aliéniste Moreau de Tours publie De l’état de rêve et de la folie. Comment comprend-on Aurélia, en 1855-1856 ? Voit-on se construire un mythe Nerval ? L’œuvre de celui-ci est-elle la pointe extrême d’un romantisme ? Lit-on Nerval pour lui-même ou pour le mythe dont son nom devient immédiatement le vecteur ?

Ce séminaire sera pluridisciplinaire. Il aura un prolongement dans des conférences ouvertes à tous. La musique ne sera pas négligée dans ses conférences, puisque aussi bien, 1855, c’est la création des Bouffes-Parisiens, une année Offenbach, en quelques sorte.

Lectures conseillées

  • Baudelaire, Les Fleurs du mal, « G-F ».
  • Nerval, Aurélia, « Pocket ».

On proposera, sous forme de photocopies, une anthologie des comptes rendus de l’exposition de 1855 difficilement accessibles. On donnera à lire des extraits de la correspondance Sand-Champfleury par le même truchement. N’oublions pas enfin que, grâce à Internet, l’on a accès à nombre de textes.

La clinique de l’imagination dans la littérature de la deuxième moitié

du xixe siècle : le saint, l’hystérique, le pervers.

M. Jean-Louis Cabanès

*LMLIF315. Master 2

Semestre 1. Jeudi 9h30-11h, toutes les semaines

La littérature qui est contemporaine de la naissance de la psychologie clinique imagine « psychologiquement », mais aussi en termes de pathologie. Ce constat implique que l’on connaisse, fût-ce sommairement, les thèses sur les hallucinations, défendues par les aliénistes et par Taine, que l’on s’informe des réflexions sur la mémoire, sur le sommeil et sur le rêve, telles qu’elles ont pu être développées par Alfred Maury ou par Hervey de Saint-Denis, que l’on étudie, serait-ce rapidement, les traités médicaux consacrées à l’hystérie. Fort de ces quelques éléments de savoir, on pourra alors mieux comprendre comment l’imagination se dérègle chez trois personnage types : le saint, l’hystérique, le pervers. L’étude des représentations mentales qui forment le fond mouvant de la psyché, chez ces personnages, débouche inévitablement sur un questionnement des normes auxquelles se réfèrent les écrivains, ou, si l’on préfère, sur la production de l’effet-idéologie. On se demandera, au terme de ce travail, comment l’on conçoit l’imagination créatrice dans une période où le fait d’imaginer est le plus souvent envisagé sur le mode de l’involontaire. Ne reste-t-il que la mémoire et ses empreintes, dont l’appareil photographique est si souvent, dans la deuxième moitié du siècle, le répondant métaphorique ?

Trois œuvres seront au programme :

  • G. Flaubert, La Tentation de saint Antoine, Gallimard, « Folio ».
  • Ed. et J. de Goncourt, Germinie Lacerteux, Flammarion, « G-F ».
  • È. Zola, La Bête humaine, Gallimard, « folio ».

A propos du lyrisme moderne : l’art du vers, ou le sens du rythme

M. Alain Vaillant

LMLIF225 Master 1

Semestre 2. Vendredi 10h-13h, tous les quinze jours

La critique contemporaine tend à assimiler le lyrisme à une expérience psychique ou à une aventure philosophique, menées avec les ressources propres du langage. Mais que faire alors des vieilles techniques poétiques – celles du vers, du rythme, de la rime et de la diction mesurée par le syllabisme – ? On aurait pu s’attendre à leur rapide décadence. Au contraire, le XIXe siècle le plus novateur en matière de lyrisme – celui de Hugo, Lamartine, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Mallarmé – est aussi celui qui a exploré avec la plus grande fascination l’art du vers. Il y a apparemment dans la vieille et banale versification un secret et une vertu proprement poétiques, que l’on n’a pas encore terminé de percer à jour.

Sur des bases théoriques nouvelles, empruntées à la fois à l’histoire littéraire et à la linguistique, le séminaire se propose de revenir sur cette question, capitale pour toute poésie, des liens entre lyrisme et rythme du vers : les poèmes qui serviront d’exemples et d’illustrations seront des textes majeurs du XIXe siècle, de Hugo à Verlaine. D’autre part, le travail d’analyse et d’interprétation portera plus particulièrement cette année sur les Poésies de Mallarmé.

Invention littéraire, industrie du livre et révolution médiatique au xixe siècle

M. Alain Vaillant

LMLIF342. Master 2

Semestre 1. Vendredi 10-13h, tous les quinze jours

La littérature française est confrontée au XIXe siècle à un triple bouleversement. À la suite de la Révolution française, l’effondrement de la sociabilité aristocratique qui, couplée au mécénat, constituait le socle du système de production et de diffusion littéraires, va donner à l’acte de publication – par l’imprimé – un rôle désormais central et presque hégémonique. Or cette évolution est contemporaine de deux mutations majeures qui touchent cette fois le monde de l’imprimé. D’une part, l’édition cesse d’être une activité artisanale pour entrer dans l’âge industriel, qui impose ses rythmes, ses contraintes économiques, sa force de standardisation. D’autre part, la brusque explosion de la presse fait entrer la France, autour de 1830, dans notre moderne culture médiatique et dans ce que des historiens ont appelé la « civilisation du journal ».

Le séminaire portera à la fois sur l’analyse concrète de ces nouveaux imprimés (livres, journaux, revues) et sur l’étude d’auteurs majeurs dont les œuvres témoignent le plus visiblement de cette révolution culturelle (Balzac, Baudelaire, Flaubert, Zola, Mallarmé…). Son objectif sera de prendre la mesure des conséquences proprement esthétiques de ces interférences entre l’histoire de l’imprimé et histoire littéraire.

L’esthétique du rire moderne

M. Alain Vaillant

LMLIF425. Master 2

Semestre 2. Vendredi13h30-16h30, tous les quinze jours

À partir de la génération de 1830 jusqu’au symbolisme mallarméen, il n’est pas d’écrivain majeur du XIXe siècle pour qui le rire, sous quelque forme que ce soit, n’ait pas joué un rôle fondamental sur le plan artistique : au point que l’esthétique du rire peut à bon droit être considérée comme le signe même de la modernité. Bien sûr, on savait rire avant le XIXe siècle ; mais le rire était alors, selon l’antique conception aristotélicienne, annexé à la sphère du laid ou mis au service du moralisme de la satire. Le rire moderne est un rire en liberté, devenu un objet d’art et de littérature à part entière, doté des plus hautes vertus (philosophiques, poétiques, émotionnelles…) : il vient alors irriguer et renouveler tous les genres littéraires traditionnels (roman, théâtre, poésie), en plus des formes nouvelles qu’il invente à son usage (la blague, le monologue comique, la chronique humoristique, la caricature…). Le séminaire sera consacré à l’histoire et à l’analyse formelle de cette continuelle révolution littéraire, à partir d’un corpus constitué d’une part de textes empruntés à divers auteurs du siècle, d’autre part des Fleurs du Mal de Baudelaire.

XXe-XXIe siècles

L'année 1925

M. Claude Leroy

LMLIF126. Master 1.

Semestre 1. Mercredi 16 h30 - 19 h30, tous les quinze jours

Entre l'armistice de 1918 et la grande crise de 1929, les années vingt, profondément marquées par les horreurs de la Grande Guerre, présentent un mélange très singulier de révolte, de désarroi et de frivolité. À la fin des combats, c’est tout un monde qui s’écroule, plongeant ses valeurs et ses modèles dans une crise durable. Dans cette période d’extraordinaire effervescence, la table rase paraît s’imposer dans tous les domaines : les mœurs oscillent entre émancipation et détraquement, l’amour est en prise au libertinage, la politique tente de se relever de son discrédit entre les tentations du communisme et du fascisme, la littérature se nie comme activité séparée et cherche les voies nouvelles de sa modernité.

À la révolution générale voulue par le groupe surréaliste, fait réplique le « rappel à l’ordre » cher à Cocteau en rupture avec l’avant-garde. Au « nouveau mal du siècle » qui traduit l’inquiétude d’une génération déboussolée, font écho, ici, un renouveau du roman d’aventures et, là, un regain de la littérature religieuse. La Lulu de Pabst et de Berg, la garçonne, Coco Chanel, Fantômas, Charlot, le cabaret Le Bœuf sur le toit, l’irruption du jazz, la vitesse donnent sa mythologie à une époque en mouvement perpétuel dont Cocteau et Morand apparaissent comme les imprésarios. Plus que toute autre forme d’écriture, le roman fait l’objet d’expérimentations multiples dans une production inflationniste.

Au cœur des « années folles », l'année 1925 marque un apogée et un tournant. Deux manifestations dominent la saison à Paris : la Revue nègre, avec Joséphine Baker et Sidney Bechet, donne le ton au Théâtre des Champs-Élysées, tandis que l’Exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes, autrement dit les « Arts décos », donne son nom à l'époque et définit son style. Un corpus de textes parus cette année-là permet de caractériser cette « littérature Art Déco » et la modernité des années vingt.

PROGRAMME (liste ouverte)

  • René Crevel, Mon corps et moi, Le Livre de Poche, « Biblio »
  • François Mauriac, Le Désert de l’amour, Le Livre de Poche
  • Paul Morand, L’Europe galante, Le Livre de Poche, « Biblio »
  • Jean Giraudoux, Bella, Grasset, « Les Cahiers rouges »
  • Blaise Cendrars, L’Or, Gallimard, « Folio »

QUELQUES RÉFÉRENCES

  • Maurice Sachs, Au temps du Bœuf sur le toit (1939), Grasset, « Les Cahiers rouges »
  • Armand Lanoux, Paris 1925. Club Français du Livre, 1975
  • Michel Collomb, La littérature Art Déco. Méridiens-Klincksieck, 1987
  • 1925, collection « Les années-mémoire », Larousse, 1988
  • Olivier Barrot et Pascal Ory, Entre deux guerres. La création française 1919-1939, François Bourin, 1990

Le récit de rencontre

M. Claude Leroy

LMLIF226 Master 1.

Semestre 2. Mercredi 16h30-19 h30

« Le hasard de nos rencontres serait-il déterminé ? » Cette question de Boris Cyrulnik relance l’enquête sur la rencontre capitale publiée par la revue Minotaure en 1933 : « Jusqu’à quel point cette rencontre vous a-t-elle donné, vous donne-t-elle l’impression du fortuit ? du nécessaire ? » Aux yeux d’André Breton et Paul Eluard qui avaient lancée cette enquête, la rencontre amoureuse méritait seule d’être qualifiée de capitale. Mais à quoi la reconnaître ? À l’énigme d’un coup de foudre ou à un sentiment de retrouvailles hors de toute vraisemblance? À l’émotion d’une attente enfin comblée ou tout au contraire à une déroute des prévisions ? Entraîne-t-elle une précipitation dans le fusionnel ou une communion dans la présence? Provoque-t-elle le désir de renaître sous le regard de l’autre ou celui d’en mourir?

Pas de récit qui ne soit un récit de rencontre(s), mais certains font de la rencontre un art de vivre, une morale et parfois le tournant d’une vie. Ils entreprennent de retracer les chemins du désir qui conduisent vers la rencontre, de déchiffrer ce qui s’y met en jeu, de comprendre pourquoi elle compose ou ne compose pas avec la durée. En dressant une typologie des rencontres, on n’oubliera pas la règle de Raymond Abellio chère à Claude Mauriac. « Il n’y a pas de rencontres, il n’y a que des rendez-vous. Et tout le dévoilement des signes tient dans l’élucidation de l’absolue nécessité de ces rendez-vous. »

PROGRAMME

  • Paul Morand, Hécate et ses chiens (1954), Gallimard, « L’Imaginaire »
  • André Hardellet, Les Chasseurs I, II (1966, 1973), Gallimard, « L’Imaginaire »
  • André Pieyre de Mandiargues, Sous la lame, Gallimard, « L’Imaginaire »
  • J.-B. Pontalis, Femmes, Gallimard, 2007.

QUELQUES RÉFÉRENCES

  • Revue Minotaure n° 3-4, décembre 1933. Enquête sur la rencontre.
  • Jean Rousset, Leurs yeux se rencontrèrent, Corti, 1984.
  • La rencontre. Figures du destin, revue Autrement, n° 135, 1993.
  • Le tournant d’une vie, Université Paris X, revue RITM n° 10, 1995.
  • Boris Cyrulnik, Les nourritures affectives, Odile Jacob, coll. « Poches », 2000

L’œuvre inachevée

M. Claude Leroy

LMLIF326. Master 2.

Semestre 1. Mercredi 16h30-19h30 tous les quinze jours

L’œuvre inachevée est-elle bien une œuvre ? Inaboutie, abandonnée, interrompue, ne témoigne-t-elle pas avant tout d’un échec ? Et pourtant la modernité ne cesse de se fasciner aux pouvoirs de l’esquisse, de l’ébauche, du fragment — et de méditer sur ce qu’il en est de l’échec comme de la réussite. Contre les clôtures de l’œuvre, l’inachèvement sollicite une rêverie sur les possibles et il ouvre une fenêtre sur l’infini. Au désir du lecteur, il offre la nostalgie des ruines et les séductions du manque, mais il lui propose aussi de prendre part active à une aventure sans fin.

Quelles que soient les raisons de son inachèvement, l’œuvre infinie permet d’interroger les tensions, les contradictions et les impasses de la création. Et dans toute œuvre achevée, c’est en retour l’inachèvement qu’elle permet de voir à l’œuvre, dans les postures ou les impostures de la cohérence, dans les ruses ou les artifices du fini, dans le fantôme de ce qui a été rejeté ou qui s’est refusé. Ne jamais en finir avec l’œuvre était pour Georges Braque une morale de créateur : « Je ne cherche pas la définition ; je tends vers l’infinition».

PROGRAMME

  • Blaise Cendrars, Moravagine (1926), Grasset, « Les Cahiers rouges ».
  • Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux, Le Seuil, 1977.
  • Henri Michaux, Poteaux d’angle (1981), Poésie/Gallimard.
  • Louis-René Des Forêts, Ostinato (1997), Gallimard, « L’imaginaire ».

RÉFÉRENCES

  • Georges Braque, Le Jour et la nuit, Cahiers 1917-1952, Gallimard, 1952.
  • Vladimir Jankélévitch et Béatrice Berlowitz, Quelque part dans l’inachevé (1978), « Folio Essais ».
  • L’inachèvement, Nouvelle Revue de psychanalyse, n°50, Gallimard, automne 1994.
  • L’œuvre inachevée, sous la dir. d’Annie Rivara et Guy Lavorel, Lyon, CEDIC, 1999.

Voyages au pays de tendre

M. Claude Leroy

LMLIF426. Master 2

Semestre 2. Mercredi 16h30-19h30

Surgie de l’écume de la mer, Aphrodite, la déesse de l’amour, s’est rendue à Cythère. C’est ainsi qu’est né un grand topos amoureux cher aux peintres et aux poètes : l’embarquement pour Cythère. D’autres lieux (Lesbos, Venise, Tahiti…) ont cependant revendiqué le privilège d’abriter la déesse en invitant à d’autres pèlerinages.

Plus nomade que sa mère, Éros, fils d’Aphrodite, a dispersé ses flèches aux quatre coins de l’horizon. Portés à l’allégorie par La Clélie de Madeleine de Scudéry, certains géographes de l’amour dessinent des Cartes de Tendre qui soumettent l’aventure amoureuse à un parcours initiatique. À la suite de Marot d’autres préfèrent composer des blasons pour arpenter et célébrer le corps féminin. Mais c’est à la rencontre de l’inconnue que les plus nombreux ont découvert le génie du lieu. Villes et paysages s’incarnent alors en apparitions fascinantes. Avec l’ensemble de ces voyageurs, on interrogera le rôle d’Éros géographe dans le gouvernement des désirs.

PROGRAMME

  • Michel Butor, Le Génie du lieu (1958), Grasset, « Les Cahiers rouges »
  • Philippe Soupault, Les Dernières Nuits de Paris (1928), Gallimard, « L’imaginaire »
  • Julien Gracq, La Forme d’une ville, José Corti, 1985
  • Jacques Réda, Les Ruines de Paris (1977), Poésie/Gallimard

QUELQUES RÉFÉRENCES

  • Madeleine de Scudéry, La carte de Tendre, La Clélie (1654), Gallimard, « Folio ».
  • Stendhal, De l’amour (1822), Presses-Pocket
  • Pierre Sansot, Poétique de la ville (1973), Petite Bibliothèque Payot
  • Alain Roger, Nus et paysages, Aubier (1978).
  • Karlheinz Stierle, La Capitale des signes. Paris et son discours. Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’homme, 2001

Poétique de l’archive dans le récit et le roman contemporains

Mme Anne-Yvonne Julien

LMLIF 137. Master 1

Semestre 1.Mercredi 9h30-12h30 tous les quinze jours

Le roman ou le récit de la fin du XXe siècle ou du début du XXIe siècle affiche un intérêt manifeste pour tout ce qui peut faire « archive » et donner lieu à un questionnement de l’écrivain sur la relation entre cheminement intérieur et identité familiale ou sociale. Maintes fictions ou récits de nature autobiographique se concentrent en effet sur le rapport au résiduel, sur ce qui témoigne de l’être-là du passé. Comme si l’époque contemporaine, rompant avec la volonté de césure et le besoin d’inédit de la modernité, avait besoin de réassurer son lien à la trace durable du passé collectif…

Le séminaire se propose d’analyser les formes de la mise en valeur du document familial dans le récit contemporain, et de tenter de cerner par là-même une poétique de l’archive à modulation variable qui joue sur l’ordonnance narrative et structurelle des textes : bouffées fictionnelles sur fond de chroniques familiales chez Yourcenar, à partir d’une pratique du collage épistolaire ; enquête obstinée sur le statut elliptique du document officiel chez Modiano ; interrogation sarcastique ou rêveuse sur les médiations iconographiques - photographies familiales ou cartes postales de la mère – dans le texte de Claude Simon, et traitement érotique de l’archive lingère dans le roman poétique de Guy Goffette.

Textes au programme :

  • Marguerite Yourcenar, Souvenirs pieux (1974), Gallimard, « Folio », 2003.
  • Patrick Modiano, Livret de famille (1977), Gallimard, « Folio », 2006.
  • Claude Simon, L’Acacia (1989), éd. Minuit double, 2004.
  • Guy Goffette, Une enfance lingère (2006), Folio, 2007.

Textes critiques :

  • Philippe Lejeune, Le Pacte autobiographique, Seuil, 1975.
  • D. Combe, Poésie et récit, Corti, 1989.
  • P. Ricœur, Temps et Récit I, II, III, Seuil, «  Points ».1983-1984-1985.
  • La Métaphore vive, Seuil, collection Points, 1997.

Chemins d'initiation dans le récit contemporain

Mme Anne-Yvonne Julien

LMLIF416 Master 2

Semestre 2. Mercredi 9h30-12h30 tous les 15 jours

Dans la seconde partie du XXe siècle, nombre de récits et de romans accueillent un imaginaire de l’initiation. Pour les romanciers familiers des structures symboliques qui lui sont corrélées, il y a là une manière de redonner une légitimité au pouvoir de la fiction en la mettant le plus souvent au service d’une mission signifiante. Nous explorerons cette forme qui peut être envisagée comme une variante du roman de formation, en nous attachant à des exemples de récits ou de romans singuliers, manifestant une cohérence symbolique, voire mythique hors du commun et sollicitant la subtilité herméneutique du lecteur. Nouvelles de Camus où se propose un correctif à l’antithèse chrétienne de l’exil et du royaume. Roman baroque de Claude Simon contant, dans le sillage de Dostoïevski, le trajet sublime d’un « idiot ». Aventures chez Marguerite Yourcenar, à travers un seizième siècle de toutes les violences, d’un médecin alchimiste, adonné au questionnement intérieur. Et dans le cadre du récit de Tahar Ben Jelloun, traversée puissante d’une nuit féminine portée par la ligne mouvante du conte.

  • Albert Camus, L'Exil et le Royaume (1957), éd. Folio, 2005. 
  • Claude Simon, Le Vent (1957), Tentative de restitution d’un retable baroque, éd. Minuit, 1989.
  • Marguerite Yourcenar, L'OEuvre au Noir (1968), éd. Folio, 2001.
  • Tahar Ben Jelloun, La Nuit sacrée (1987), « Points », éd. Seuil, 2006.